Analyse de rentabilité : calculer ses marges et son seuil de rentabilité

Votre chiffre d'affaires progresse d'une année sur l'autre, l'équipe ne chôme pas, les clients sont là. Et pourtant, au moment de faire le point avec votre expert-comptable, le résultat est décevant, la trésorerie reste tendue et vous ne savez pas vraiment pourquoi. Quelle activité gagne de l'argent ? Laquelle en coûte ? À partir de quel niveau de ventes l'entreprise commence-t-elle à travailler pour elle plutôt que pour couvrir ses frais ?

Ces questions ont toutes la même réponse : une analyse de rentabilité. Pas un exercice réservé aux financiers, mais une méthode en cinq étapes que n'importe quel dirigeant de TPE ou de PME peut mener à partir de documents qu'il possède déjà. Ce guide vous la présente pas à pas, avec un exemple suivi du début à la fin : partir du compte de résultat, calculer ses marges, séparer charges fixes et charges variables, trouver son seuil de rentabilité, puis savoir où agir.

Rentabilité, profitabilité, chiffre d'affaires : ne pas tout mélanger

Avant de calculer quoi que ce soit, il faut s'entendre sur les mots. Une bonne partie des erreurs de pilotage vient d'une confusion entre trois notions que l'on emploie souvent l'une pour l'autre.

Ce que le chiffre d'affaires dit, et ce qu'il ne dit pas

Le chiffre d'affaires mesure votre activité : le total de ce que vous avez facturé à vos clients sur une période, hors taxes. C'est un indicateur de volume, utile pour suivre la dynamique commerciale, mais il ne dit rien de ce qu'il vous reste une fois les achats, les salaires, le loyer et les autres charges payés. Une entreprise peut doubler son chiffre d'affaires et perdre davantage d'argent qu'avant, si chaque vente supplémentaire coûte plus qu'elle ne rapporte.

C'est le piège classique de la croissance : on recrute, on investit, on accepte des commandes à faible marge pour faire du volume, et l'on découvre en fin d'exercice que l'effort n'a pas payé. Le chiffre d'affaires est le point de départ de l'analyse, jamais sa conclusion.

Rentabilité et profitabilité : la différence en une phrase

La profitabilité rapporte un résultat au chiffre d'affaires : sur 100 euros vendus, combien vous reste-t-il ? La rentabilité rapporte un résultat aux moyens engagés pour l'obtenir : pour 100 euros investis dans l'entreprise, combien gagnez-vous ? Dans le langage courant, on parle de « rentabilité » pour les deux, et ce guide fera de même, mais gardez cette nuance en tête quand votre banquier ou votre expert-comptable emploie l'un ou l'autre terme.

Rentabilité économique et rentabilité financière

Deux ratios reviennent souvent dans les bilans commentés. La rentabilité économique mesure la performance de l'outil de travail, en rapportant le résultat d'exploitation aux capitaux investis dans l'activité. La rentabilité financière mesure ce que gagnent les associés, en rapportant le résultat net aux capitaux propres. Ces ratios se lisent à partir du bilan et du compte de résultat réunis ; si vous avez besoin de reprendre les bases du bilan lui-même, notre guide pour lire et analyser un bilan financier vous y aidera. Ici, nous restons du côté du compte de résultat : c'est lui qui dit si votre activité gagne de l'argent, et comment.

Étape 1 : partir du compte de résultat et des soldes intermédiaires de gestion

Le bilan décrit ce que l'entreprise possède et ce qu'elle doit à une date donnée. Le compte de résultat raconte ce qui s'est passé pendant l'année : ce qui est entré, ce qui est sorti, et ce qui reste. C'est le document de base de toute analyse de rentabilité.

La cascade des soldes intermédiaires de gestion

Les soldes intermédiaires de gestion, souvent abrégés en SIG, découpent le compte de résultat en paliers successifs. Chaque palier répond à une question différente :

  • la marge commerciale : ce que vous gagnez sur la revente de marchandises, avant tout autre frais ;
  • la valeur ajoutée : la richesse que l'entreprise crée par son propre travail, une fois déduits les achats et les services extérieurs ;
  • l'excédent brut d'exploitation (EBE) : ce que l'activité dégage une fois payés les salaires et les impôts liés à la production, avant les amortissements et les frais financiers ;
  • le résultat d'exploitation, puis le résultat net : ce qui reste réellement, une fois toutes les charges prises en compte.

Nous avons détaillé ces niveaux de marge, et la façon de les suivre au fil de l'année, dans notre article sur les 5 indicateurs clés que tout dirigeant doit suivre. Pour l'analyse de rentabilité, retenez surtout l'idée de cascade : un résultat faible s'explique toujours à un palier précis. Une marge commerciale correcte suivie d'un EBE faible ne pose pas le même problème qu'une marge commerciale déjà trop basse.

Comment savoir si votre EBE est bon ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes, et la réponse honnête est qu'il n'existe pas de bon EBE dans l'absolu. Un commerce de détail, une entreprise de services et un atelier de fabrication n'ont ni les mêmes charges ni les mêmes équilibres. Deux comparaisons sont en revanche toujours utiles. D'abord, comparez-vous à vous-même : votre EBE progresse-t-il plus ou moins vite que votre chiffre d'affaires sur trois exercices ? Ensuite, comparez-vous à votre secteur : votre expert-comptable, votre organisation professionnelle ou votre centre de gestion disposent souvent de données de branche qui vous diront si vous êtes dans la norme de votre métier.

Où trouver ces chiffres

Vous les avez déjà. Les soldes intermédiaires de gestion figurent en général dans la plaquette annuelle remise par votre expert-comptable, et la plupart des logiciels de comptabilité les calculent automatiquement. En cours d'année, une situation intermédiaire ou un export de votre logiciel suffit pour commencer. L'essentiel est de travailler sur des montants hors taxes, et sur une période assez longue pour lisser les variations saisonnières.

Étape 2 : calculer ses marges et ses taux de marge

La marge est la première brique de la rentabilité. Tant qu'une vente ne rapporte pas plus qu'elle ne coûte directement, aucun effort sur les frais généraux ne pourra compenser.

Taux de marge et taux de marque : le piège classique

Ces deux taux partent de la même marge, mais ne la rapportent pas au même montant, et les confondre fausse toutes les décisions qui suivent :

  • le taux de marge rapporte la marge au coût d'achat (ou au coût de revient) : marge ÷ coût d'achat hors taxes ;
  • le taux de marque rapporte la marge au prix de vente : marge ÷ prix de vente hors taxes.

Ce sont les définitions retenues par Bpifrance Création. Le taux de marge est toujours plus élevé que le taux de marque pour une même opération, ce qui explique bien des malentendus : quand un commercial annonce « 25 % de marge » et que le dirigeant comprend « 25 % du chiffre d'affaires », l'écart peut être considérable. Fixez une convention unique dans l'entreprise et tenez-vous-y.

Marge par produit, par client, par activité

La marge globale de l'entreprise est une moyenne, et une moyenne cache presque toujours des écarts. La vraie analyse commence quand vous découpez cette marge : par famille de produits, par type de prestation, par client important, par canal de vente. C'est à ce niveau que l'on découvre qu'un client historique, très présent dans le chiffre d'affaires, est en réalité servi à perte, ou qu'une activité secondaire finance discrètement tout le reste.

Inutile de tout découper dès la première fois. Commencez par trois ou quatre grandes activités, celles que vous citeriez spontanément pour décrire votre entreprise.

L'exemple fil rouge : une PME de services techniques

Pour rendre la méthode concrète, suivons une entreprise fictive, que nous appellerons l'Atelier, avec des montants ronds choisis pour la lisibilité. L'Atelier emploie une dizaine de personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel de 1 200 000 euros hors taxes, réparti sur trois activités : l'installation d'équipements chez les clients, la maintenance sous contrat, et la revente de pièces détachées.

Le dirigeant a une conviction : l'installation est le cœur du métier, et la revente de pièces « fait du chiffre ». Nous allons voir si les calculs lui donnent raison.

Prenons d'abord l'activité de revente de pièces, la plus simple à analyser : 300 000 euros de ventes pour 255 000 euros d'achats, soit une marge de 45 000 euros. Son taux de marge est de 45 000 ÷ 255 000, environ 17,6 %. Son taux de marque est de 45 000 ÷ 300 000, soit 15 %. Les deux chiffres sont justes, ils ne disent simplement pas la même chose.

Étape 3 : séparer charges fixes et charges variables

C'est l'étape qui demande le plus de réflexion, et celle qui apporte le plus. Elle consiste à reclasser toutes vos charges en deux familles, selon leur comportement quand l'activité varie.

Définitions et exemples

Les charges variables évoluent avec le volume d'activité : si vous vendez deux fois plus, elles doublent à peu près. Les achats de marchandises et de matières, la sous-traitance liée aux chantiers, les commissions des commerciaux, les frais de transport des livraisons en font partie.

Les charges fixes restent stables, au moins à court terme, quel que soit le niveau d'activité : le loyer, les assurances, les abonnements, les salaires de la structure, les amortissements du matériel, les honoraires de l'expert-comptable. Elles sont dues même lorsque l'activité ralentit, et c'est précisément ce qui les rend dangereuses quand le chiffre d'affaires baisse.

Les charges semi-variables : comment trancher

Certaines charges ne rentrent dans aucune case : la facture d'énergie a une part fixe et une part liée à l'activité, les salaires des équipes de production varient avec les heures supplémentaires mais pas avec chaque commande. Il n'existe pas de règle universelle. La bonne pratique consiste à se demander : si mon activité baissait de 20 % pendant six mois, cette charge baisserait-elle ? Si la réponse est non, classez-la en charge fixe. Mieux vaut un classement simple, appliqué de la même façon chaque année, qu'un découpage parfait que personne ne sait refaire.

La marge sur coûts variables et son taux

Une fois les charges classées, vous pouvez calculer l'indicateur central de l'analyse : la marge sur coûts variables. Elle s'obtient en retirant du chiffre d'affaires toutes les charges variables. C'est ce que chaque vente laisse pour payer les charges fixes, puis pour dégager un bénéfice. Son taux s'obtient en divisant cette marge par le chiffre d'affaires.

Voici la situation de l'Atelier, une fois ses charges reclassées :

Activité Chiffre d'affaires Charges variables Marge sur coûts variables Taux
Installation 600 000 € 390 000 € 210 000 € 35 %
Maintenance 300 000 € 120 000 € 180 000 € 60 %
Revente de pièces 300 000 € 255 000 € 45 000 € 15 %
Total 1 200 000 € 765 000 € 435 000 € 36,25 %

L'Atelier supporte par ailleurs 380 000 euros de charges fixes par an : locaux, véhicules, salaires de l'encadrement et de l'administration, assurances, amortissements. Son résultat est donc de 435 000 − 380 000, soit 55 000 euros.

Le tableau bouscule déjà la conviction du dirigeant. La maintenance, qui ne pèse qu'un quart du chiffre d'affaires, apporte presque autant de marge que l'installation. Et la revente de pièces, qui pèse elle aussi un quart du chiffre d'affaires, n'apporte qu'à peine plus d'un dixième de la marge totale.

Étape 4 : calculer son seuil de rentabilité et son point mort

Le seuil de rentabilité répond à la question que se pose tout dirigeant : quel chiffre d'affaires dois-je réaliser pour ne pas perdre d'argent ?

La formule

Selon la définition de Bpifrance Création, le seuil de rentabilité correspond au chiffre d'affaires minimum que l'entreprise doit réaliser pour couvrir l'ensemble de ses charges : à ce niveau, elle ne réalise ni perte ni bénéfice. Il se calcule ainsi :

Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables

Le calcul se fait sur des montants hors taxes lorsque l'entreprise est assujettie à la TVA. La logique est simple : chaque euro de chiffre d'affaires laisse une certaine part de marge, et il faut accumuler assez de ces parts pour payer toutes les charges fixes. C'est d'ailleurs l'un des fondamentaux travaillés dans notre formation Comprendre et analyser la rentabilité de son entreprise, aux côtés des soldes intermédiaires de gestion et de la capacité d'autofinancement.

Le calcul complet sur l'exemple

Pour l'Atelier : 380 000 ÷ 36,25 %, soit environ 1 048 000 euros. En dessous de ce chiffre d'affaires, l'entreprise perd de l'argent ; au-dessus, elle en gagne. Avec 1 200 000 euros réalisés, l'Atelier dépasse son seuil d'environ 152 000 euros.

Vérifions que le calcul tient : 1 048 000 euros de chiffre d'affaires avec un taux de marge sur coûts variables de 36,25 % laissent environ 380 000 euros de marge, exactement ce qu'il faut pour couvrir les charges fixes. Le résultat est nul, c'est bien la définition du seuil.

Seuil en valeur et seuil en quantité

Le seuil s'exprime d'abord en euros de chiffre d'affaires. Pour le rendre plus concret, vous pouvez le traduire dans l'unité qui parle à vos équipes : un nombre d'interventions, de contrats, d'heures facturées ou de produits vendus. Il suffit de diviser les charges fixes par la marge sur coûts variables que rapporte une unité. Bpifrance Création recommande d'ailleurs cette traduction, qui transforme un objectif comptable abstrait en objectif opérationnel que chacun peut suivre.

Le point mort : quand le seuil est-il atteint ?

Le point mort exprime le seuil de rentabilité en temps plutôt qu'en euros : c'est la date à laquelle l'entreprise a couvert toutes ses charges fixes de l'année. Bpifrance Création en donne la formule suivante : point mort = (seuil de rentabilité ÷ chiffre d'affaires) × nombre de jours d'activité.

Pour l'Atelier, en supposant une activité régulière sur l'année : 1 048 000 ÷ 1 200 000 = 0,87. Rapporté à douze mois, cela donne environ 10,5 mois. Autrement dit, l'Atelier travaille jusqu'à la mi-novembre pour payer ses charges, et ne dégage son bénéfice que sur les six dernières semaines de l'année. Si l'activité est saisonnière, il faut faire le calcul à partir du chiffre d'affaires cumulé mois par mois : le point mort tombe alors à la date où le cumul franchit le seuil.

La marge de sécurité

Dernier indicateur, très parlant : la marge de sécurité, c'est-à-dire l'écart entre le chiffre d'affaires réalisé et le seuil de rentabilité. Pour l'Atelier, environ 152 000 euros, soit à peu près 13 % du chiffre d'affaires. Concrètement, une baisse d'activité de 13 % suffirait à faire basculer l'entreprise dans le rouge. C'est l'indicateur à regarder avant de signer un nouveau bail, d'embaucher ou de contracter un emprunt : chaque charge fixe supplémentaire réduit cette marge.

Faire le calcul dans un tableur

Un tableur suffit largement pour suivre ces indicateurs. Une structure simple fonctionne bien : un onglet où vous saisissez vos charges avec, pour chacune, une colonne « fixe » ou « variable » et son rattachement à une activité ; un onglet de synthèse qui calcule automatiquement la marge sur coûts variables, son taux, le seuil et la marge de sécurité ; et une ligne par mois pour suivre le chiffre d'affaires cumulé face au seuil. Les fonctions de base d'un tableur, sommes conditionnelles et références entre onglets, suffisent : c'est exactement le niveau visé par une formation Excel intermédiaire.

Étape 5 : calculer un coût de revient pour savoir ce que rapporte chaque activité

La marge sur coûts variables dit ce que chaque activité apporte. Elle ne dit pas encore si chaque activité « paie sa part » des charges de structure. C'est le rôle du coût de revient.

Coûts directs et charges indirectes

Le coût de revient d'une activité additionne ses coûts directs, ceux qui lui sont clairement attribuables, et une quote-part des charges indirectes, celles qui servent à toute l'entreprise : la direction, la comptabilité, les locaux communs. Toute la difficulté tient dans cette répartition. On peut répartir au prorata du chiffre d'affaires, des heures passées, de la surface occupée ou du nombre de commandes, et chaque clé donne un résultat différent. La comptabilité analytique formalise ces choix, mais pour une première analyse, une clé simple et assumée vaut mieux que pas d'analyse du tout.

L'activité « qui fait du chiffre » est-elle rentable ?

Revenons à l'Atelier. Sur ses 380 000 euros de charges fixes, 30 000 euros sont directement liés à la revente de pièces : le local de stockage et le temps de la personne qui gère les commandes. Les 350 000 euros restants sont communs aux trois activités.

Si l'on répartit ces charges communes au prorata du chiffre d'affaires, la revente de pièces, qui pèse un quart des ventes, en supporte un quart, soit 87 500 euros. Son résultat devient alors : 45 000 − 30 000 − 87 500, soit une perte d'environ 72 500 euros. Faut-il arrêter cette activité ?

Pas si vite. Si l'Atelier arrêtait la revente de pièces, il économiserait les 30 000 euros de charges qui lui sont propres, mais les 87 500 euros de charges communes, eux, resteraient à payer par les deux autres activités. Or la revente de pièces dégage 45 000 − 30 000, soit 15 000 euros de contribution après ses propres charges. L'arrêter ferait donc baisser le résultat global de 15 000 euros. Elle ne mérite pas la place que le dirigeant lui donne, mais elle ne coule pas l'entreprise : elle contribue modestement.

Les limites de la répartition des charges

Cet exemple illustre la principale limite du coût complet : la répartition des charges communes dépend d'une clé arbitraire, et une décision prise sur cette base peut dégrader le résultat qu'elle voulait améliorer. Retenez une règle de prudence : pour décider de garder ou d'abandonner une activité, raisonnez sur la marge qu'elle dégage après ses charges propres. Pour fixer un prix ou répondre à un appel d'offres, vérifiez en plus qu'elle couvre une part raisonnable des charges communes. Les deux lectures sont complémentaires.

Améliorer sa rentabilité : quatre leviers et leur effet sur le seuil

Une fois le diagnostic posé, l'analyse de rentabilité devient un outil de décision. Il existe quatre grands leviers, et l'intérêt du seuil de rentabilité est de pouvoir mesurer l'effet de chacun avant d'agir.

Agir sur les prix

Une hausse de prix qui ne fait pas fuir les clients améliore directement le taux de marge sur coûts variables, puisque les coûts variables, eux, ne bougent pas. C'est souvent le levier le plus puissant et le plus redouté. Avant d'y toucher, regardez vos marges par client et par activité : il est fréquent qu'un réajustement ciblé sur quelques prestations sous-évaluées suffise, sans toucher à l'ensemble du catalogue.

Agir sur les charges variables

Chaque euro économisé sur les achats, la sous-traitance ou les frais logistiques remonte intégralement en marge. Pour l'Atelier, un gain de deux points sur le taux de marge sur coûts variables, qui passerait de 36,25 % à 38,25 %, ramènerait le seuil de rentabilité de 1 048 000 à environ 993 000 euros. La négociation fournisseurs, le regroupement des commandes ou le choix de nouveaux partenaires sont des pistes accessibles, même sans service achats : c'est tout l'objet de notre formation Achats pour non-acheteur.

Agir sur les charges fixes

Réduire les charges fixes abaisse mécaniquement le seuil. Pour l'Atelier, 20 000 euros d'économies sur les charges de structure feraient passer le seuil à 360 000 ÷ 36,25 %, soit environ 993 000 euros : un effet comparable à celui des deux points de marge gagnés sur les achats. Attention cependant à ne pas couper dans ce qui produit le chiffre d'affaires de demain. Une économie sur un abonnement inutile est une bonne nouvelle ; une économie sur la formation de l'équipe ou sur l'entretien du matériel se paie souvent plus tard.

Agir sur le mix d'activités

C'est le levier le plus souvent oublié, et parfois le plus efficace. Il consiste à développer en priorité les activités qui dégagent le meilleur taux de marge sur coûts variables. Imaginons que l'Atelier oriente son effort commercial vers la maintenance : à chiffre d'affaires total inchangé, 100 000 euros de ventes passent de la revente de pièces à la maintenance. La marge sur coûts variables grimpe alors de 435 000 à 480 000 euros, soit un taux de 40 %. Le seuil de rentabilité descend à 950 000 euros, et le résultat passe de 55 000 à 100 000 euros, sans un euro de chiffre d'affaires supplémentaire.

C'est la principale leçon de l'exemple : le dirigeant de l'Atelier pensait devoir vendre plus. Il lui suffit de vendre mieux.

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Suivre sa rentabilité dans la durée

Une analyse de rentabilité faite une fois par an, à la réception de la plaquette comptable, arrive toujours trop tard pour corriger quoi que ce soit. Sa vraie valeur apparaît quand elle devient un suivi régulier.

Trois à cinq indicateurs mensuels

Inutile de multiplier les tableaux. Pour piloter la rentabilité au mois le mois, quelques indicateurs suffisent : le chiffre d'affaires cumulé comparé au seuil de rentabilité, le taux de marge sur coûts variables global et par activité, et l'évolution des charges fixes par rapport au budget. Le jour où le chiffre d'affaires cumulé franchit le seuil est un bon repère à partager avec l'équipe : à partir de là, l'entreprise travaille pour elle.

Un tableau de bord qui se met à jour seul

Le principal frein à ce suivi n'est pas le calcul, c'est le temps passé à reconstruire le tableau chaque mois. Un fichier bien structuré, alimenté directement par les exports de votre logiciel comptable, se met à jour en quelques minutes. Nous avons détaillé cette méthode dans notre article sur un tableau de bord qui se met à jour tout seul.

Budget et analyse des écarts

L'étape suivante consiste à établir, en début d'exercice, un budget qui fixe un chiffre d'affaires et des marges prévisionnels par activité, puis à comparer chaque mois le réalisé au prévu. Un écart sur la marge s'explique soit par les quantités vendues, soit par les prix et les coûts unitaires : distinguer les deux indique tout de suite la bonne réaction, commerciale dans le premier cas, de gestion dans le second.

Questions fréquentes

Comment se calcule la rentabilité d'une entreprise ?
Il n'existe pas un chiffre unique, mais une lecture en cascade. Partez du compte de résultat et de ses soldes intermédiaires de gestion (marge, valeur ajoutée, EBE, résultat), puis rapportez le résultat au chiffre d'affaires pour mesurer la profitabilité, ou aux capitaux engagés pour mesurer la rentabilité économique et financière. Pour piloter au quotidien, la marge sur coûts variables et le seuil de rentabilité sont les indicateurs les plus parlants.
Quels sont les indicateurs de rentabilité ?
Les plus utilisés sont la marge commerciale, l'excédent brut d'exploitation, le résultat net et son rapport au chiffre d'affaires, la rentabilité économique et la rentabilité financière. Pour la gestion courante d'une TPE ou d'une PME, on y ajoute la marge sur coûts variables, son taux, le seuil de rentabilité, le point mort et la marge de sécurité, qui se calculent tous à partir des mêmes données.
Comment calculer le seuil de rentabilité d'un exercice ?
Classez d'abord toutes les charges de l'exercice en charges fixes et en charges variables. Calculez la marge sur coûts variables (chiffre d'affaires moins charges variables) et son taux (marge divisée par le chiffre d'affaires). Divisez ensuite le total des charges fixes par ce taux : vous obtenez le chiffre d'affaires hors taxes à partir duquel l'exercice devient bénéficiaire.
Quel chiffre d'affaires faut-il réaliser pour être rentable ?
C'est précisément ce que donne le seuil de rentabilité, et il est propre à chaque entreprise : il dépend de vos charges fixes et de la marge que laisse chaque vente. Deux entreprises du même secteur et de même taille peuvent avoir des seuils très différents. Le bon réflexe consiste à recalculer le vôtre à chaque changement important : embauche, nouveau local, hausse des prix d'achat.
Comment savoir si l'EBE est bon ?
Il n'y a pas de niveau idéal valable pour toutes les entreprises. Comparez votre EBE à celui de vos exercices précédents (progresse-t-il au moins aussi vite que le chiffre d'affaires ?) et aux données de votre branche, que votre expert-comptable ou votre organisation professionnelle peuvent vous fournir. Un EBE positif et stable signifie que l'activité courante finance l'entreprise ; un EBE négatif est un signal d'alerte à traiter rapidement.
Quel est un bon taux de rentabilité ?
Tout dépend du secteur, de la taille de l'entreprise et de son stade de développement : un taux confortable dans les services peut être inatteignable dans le négoce, et inversement. Plutôt que de viser une norme générale, suivez l'évolution de vos propres ratios d'une année sur l'autre et situez-vous par rapport aux entreprises de votre métier. Une tendance qui se dégrade sur deux ou trois exercices mérite toujours une analyse détaillée.

Se former à l'analyse de la rentabilité avec Altim Formation

Comprendre la méthode est une chose, l'appliquer à ses propres chiffres en est une autre. C'est souvent au moment de classer ses charges ou de choisir une clé de répartition que l'on bute, et un regard extérieur fait alors gagner un temps précieux.

Notre formation Comprendre et analyser la rentabilité de son entreprise s'adresse aux dirigeants, responsables de site ou de service et cadres non spécialistes de la fonction financière. En deux jours, elle couvre la lecture du compte de résultat et du bilan, les soldes intermédiaires de gestion, le seuil de rentabilité, la capacité d'autofinancement, la mise en place d'indicateurs de pilotage et l'élaboration de budgets avec l'analyse des écarts. Son point fort : le travail se fait sur vos propres documents comptables, pour que vous repartiez avec vos outils d'analyse. Le formateur, titulaire du DCG, s'appuie sur quinze ans d'expérience de création et de développement de structures.

Les sessions ont lieu en présentiel à Vannes ou à Lanester, et peuvent être organisées dans vos locaux pour une équipe de direction. Altim Formation est certifié Qualiopi. Retrouvez l'ensemble de nos formations comptabilité et gestion pour compléter votre parcours.

En résumé

Analyser la rentabilité de son entreprise tient en cinq étapes : lire son compte de résultat palier par palier, calculer ses marges par activité, séparer charges fixes et charges variables, en déduire son seuil de rentabilité et son point mort, puis estimer ce que rapporte réellement chaque activité. Aucune de ces étapes n'exige d'être expert-comptable. Elles demandent surtout de la régularité.

L'exemple de l'Atelier le montre : le premier réflexe face à un résultat décevant est souvent de vouloir vendre plus, alors que la réponse se trouve fréquemment dans ce que l'on vend. Connaître son seuil de rentabilité, c'est savoir chaque mois à partir de quel jour l'entreprise travaille enfin pour elle.

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